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Les USA, Sur la route, The Disney Company

Le corps en Europe, la tête en Amérique

Quelle folie les amis, quelle folie ces 11 semaines. Il est 1H du matin sur le fuseau horaire de New York City, 7H du matin en France. Je devrais dormir, je le sais, je n’y arrive pas. Je ne sais même pas quelle heure il est en plein milieu de  ce foutu océan Atlantique, à bord de l’Airbus A330 de Swiss Airlines qui me ramène dans mon bon vieux pays natal. Une seule chose est sure. C’est déjà fini. A peine le temps de débarquer, de poser un pied aux USA, qu’il fallait déjà repartir. Pour un mec qui était censé bosser tout l’été, avec seulement quelques jours de répits après la fin de son année scolaire, et qui arrivera en retard pour la rentrée scolaire suivante, le temps n’était pas censé passer aussi vite.

Et pourtant si. Je ne m’y fais toujours pas. Je regardais à travers le hublot au décollage. Et je ne m’y faisais pas. Il pleuvait, les avions faisaient la queue en ligne pour avoir accès à la piste de décollage. Il pleuvait, et moi je laissais là, sur cette piste d’envol, presque 3 mois de mon existence.

Les 3 mois les plus enrichissant et dépaysant de ma vie. 3 mois qui m’en ont mis plein les yeux, et plein la tête. Ce fut une incroyable expérience professionnelle, bien sûr, j’y reviendrais. Mais je veux surtout parler de l’expérience humaine. Celle qui vous change. Celle qui vous fait ouvrir les yeux sur le Monde, du Mexique jusqu’en Turquie en passant par les Etats Unis bien sûr, la Corée du Sud ou la Chine. C’est une expérience qui vous donne de nouvelles idées, de nouvelles ambitions. Ou plus angoissant encore, celle qui vous vous réfléchir sur vous même, à tous les niveaux. Ca paraît fou ce que je dis, mais croyez-moi, ce l’est encore plus d’essayer de vous expliquer, peut être qu’il faut juste le vivre en fait… Je vais faire de mon mieux, promis.

J’y laissais donc là, sur cette piste, tous mes nouveaux amis du quatre coin du Monde. Je les laissais en étant sûr d’en revoir certain ; en espérant très fort en revoir d’autres ; en ayant le goût amer de ne pas être resté assez longtemps pour apprendre à connaître réellement quelques uns ; et en me demandant quelles rencontres je loupais encore. A part le papier et les oiseaux migrateurs, les signaux de fumées et le chant des balaines, nous avons opté pour Skype pour communiquer. Quoi de mieux qu’un petit chat vidéo pour brailler chanter la musique du feu d’artifice quotidien de Magic Kingdom en duo webcam, en vieux timbrés nostalgiques de notre été ?

J’y laissais là mes collocs. Mes 7+3 = 10 collocs de mes deux appartements (je ne compte évidemment pas les petites copains copines de chacun, j’y passerais un article tout entier s’il le fallait) et les anecdotes de vie au quotidien qui vont avec. J’y laissais là les soirées télé, les soirées canapés/crème glacée et pour finir la rime, les soirées bourrées. Mine de rien, ca va faire bizarre de ne plus entendre le réveil du colloc de ma chambre sonné le matin, je n’aurais plus personne à maudire. Mince, qui veut être le remplaçant ?

Disney va me manquer, pas pour le travail, en lui même, non, quoi que ca ne me dérangeait pas d’aller bosser, non, je parles de tout ce qu’il y avait autour. Laissez-moi vous expliquer.

On remet les pendules à l’heure

Non, il ne s’agit pas de repasser sur le fuseau horaire de la France. Je m’adresse plutôt aux retardataires ou tous ceux qui auraient séchés quelques partis sur mon blog (pas bien ça !), il faudrait tout d’abord remettre un peu en place le contexte avant de commencer mon explication :

Je suis parti à Walt Disney World, en Floride. Sans aucun à priori, juste les remarques plus qu’encourageante de quelques anciens ayant fait le programme les années passées.

Arrivé içi, nous étions un nombre inimaginable d’étudiants. Venant de partout, âgés de 18 à 23-24 ans (beaucoup de moins de 21 ans), nous étions repartis sur les quatre résidences prévues par Disney : Vista Way et Chatham Square/the Commons/Patterson Court. Tous ici étaient présents pour des périodes de 2 à 6 mois, sous la tutelle de différents programmes conçus par Disney (CP, ICP, Culture Representative).

Que des jeunes ? Dans des résidences juste pour eux ? Partageant presque tous les éléments de leur vie ici en Floride, du travail jusqu’aux appartements, aux sorties, à la façon de vivre ? Et bien le cocktail est détonant les amis, et aboutit à ce que j’appellerais …

La bulle Disney

C’est bien ça, la « bulle Disney », comme un micro environnement, une micro sphère bien protégée et soigneusement entretenue : Disney va beaucoup plus loin qu’une simple compagnie pour laquelle on travaillerait un été.  Je viens de parler de l’hébergement, entièrement prévu et orchestré par Disney. Il y aussi tout l’encadrement, qu’on n’imagine pas forcement, mais qu’on sent présente pour s’occuper de nous. Je vous avais déjà parlé de l’efficacité à laquelle Disney effectuait toutes les paperasses et démarches administratives. Et bien ce ne doit pas être le fruit du hasard. Mais il n’y a pas que ça, des activités nous étaient proposées toutes les semaines, les emails étaient très fréquents à ce sujet : loterie, sortie plages, pool party, avec des évènements plus exceptionnels comme les graduation party qui mobilisaient encore plus de personnel.

Parmis les autres élèments de vie, on peut citer le réseau de bus spécialement destiné aux ICP vivant dans les résidences Disney, qui signifie que Disney va vous transporter la majorité des jours ou vous serez ici, souvent en compagnie de vos petits camarades en costumes prêt à aller travailler. Le foutage de gueule concernant les costumes peut déjà commencé içi. Mais le bus viendra aussi vous chercher spécialement à la sortie de boîte de Downtown Disney (le village Disney), et juste pour ça, ca assure.

Nous travaillions donc tous sous la tutelle de la même compagnie, partageons les aventures et anecdotes d’un travail effectué avec Disney (formation initiale, image de marque, costumes, façon de travailler, spécificité de clients qui dépensent en moyenne 7000 dollars pour venir en vacance avec la petite souris, …). Disney nous protège, dès la première présentation, on nous met en garde contre les dangers extérieurs : ne ramenez pas d’étrangers à l’intérieur des résidences, n’essayer pas de travailler en plus de votre travail à Disney, méfiez vous des boissons qu’on vous sert en boite, …

L’écosystème Disney bat donc à son plein, on est entre nous et on nous encourage à y rester.  A l’extérieur, en tout cas à Orlando, il semble que l’on veuille profiter de la « manne Disney » : discounts dans les restaurants, agence de location de voiture, stations essences ; « party bus » qui viennent vous chercher devant les résidences et vous emmènent en boite de nuit dans Orlando et vous ramènent pour 10 dollars ; chauffeurs de vanne privés dont le numéro de téléphone tourne entre ICPs pour nous conduire ou on veut ; mais aussi des « parasites » plus ou moins nuisibles aux ICPs.

Cinq points d’analyse sur la « Disney life »

–       Dans le processus de sélection et de recrutement, il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce qu’annonce International Service, l’agence de recrutement française qui fait le lien avec Disney : la plupart des personnes présentes à l’entretien à Paris ont été sélectionné. IS avait déjà fait le ménage avec les CV et les entretiens en anglais sur Skype. Disney a les capacités d’embaucher un paquet d’ICP et veut juste s’assurer que vous ne soyez pas totalement idiots (ou alors que vous le cachez vraiment bien). J’irais même plus loin : les recruteurs américaines de Disney qui sont là à Paris vous casent déjà au poste ou vous leur irez le mieux dans la compagnie. L’été se prépare donc déjà à ce moment là.

–       Les programmes sont une belle façade pour une opportunité de business importante. Pour nous, qui ne restons qu’un été, pas de problème. Mais beaucoup d’américains y participent en tant que partie intégrante de leur étude pour un semestre. Le problème est que pour eux, l’éducation est reléguée au second plan : ils peuvent suivre des cours, 3 à 4H par semaine, qui n’ont rien à voir avec leurs études, juste pour avoir des crédits dans leur parcours scolaire. Une belle façade je disais.

–       Les ICP sont lucratifs pour Disney, tout comme leur programme saisonnier. Tout Disney fonctionne avec la main d’œuvre bon marché et flexible que nous représentons. La quasi intégralité du personnel qu’un client Disney verra fait part d’un programme (cela est d’autant plus vrai dans les parcs) : des personnages dans les parades (Mickey et toute la troupe de l’univers Disney) jusqu’au service de restauration. Et même si Disney a le don de faire passer le travail le plus lambda comme une formidable opportunité, (« créer de la magie », à 20 ans passe encore, mais après ?), peu de personne voudrait faire toute leur vie au plus bas de l’échelon. Je n’ai pas l’impression qu’il y ai beaucoup d’opportunités « verticales » dans l’organigramme de l’entreprise.

–       Coté (I)CP, le salaire peut sembler bas, le logement peut sembler cher. Mais j’ai été payé autant qu’en France (environ 8 dollars de l’heure avec les primes Magic Kingdom, à relativiser avec le prix de la vie moins cher ici en dollars). Le loyer est l’équivalent d’un petit studio à Grenoble alors que l’on a beaucoup mieux (85 dollars/semaine, soit à peu près 275 euros/mois avec le taux de conversion actuel). Cela fait parti du deal, nous vivons, mangeons sur le sol de l’entreprise  qui va nous emmener au travail avec les emplois du temps qu’elle aura décidé, cela peut sembler totalitaire, certes. Mais pour un étudiant international qui veut travailler aux USA et vivre une expérience incroyable, cela en vaut la peine. De plus, il y a une tonne de choses auxquelles on ne pense pas : Disney prend en charge la quasi totalité du cout du VISA (800 dollars de leur poche), le système de bus, la gestion et la formation (payée) de beaucoup de personnes qui ne sont finalement là que pour très peu de temps (turn over de ouf), tous les évènements Disney dédiés aux ICP, … tout cela prend du temps, et beaucoup d’argent, croyez en les américains qui font ne serait-ce que le trajet tous les jours en voiture jusqu’au travail. Sans compter les emmerdements propres aux ICP : quoi de plus facile pour nous qui ne restons que quelques mois de faire un « call sick » ou « call personnal » ou même de ne se pas se pointer au travail (« no show ») à la moindre occasion qui se présente. Quoi qu’il en sont, beaucoup de personnel à Disney est mobilisé pour notre encadrement, pour le meilleur (activités, …) et pour le pire (application de règles plus que stupides)

–       Walt Disney World est réputé pour être très « homosexuel ». Vous pourrez voir très rapidement que beaucoup de vos collègues sont gays ou lesbiennes. Certains regards ou certaines discutions que vous aurez de manière innocentes ici ne vous ne laisseront pas de doutes non plus. Et vous apprendrez rapidement également (et de sources sûres) que les personnages de la troupe (surtout les Peters Pan apparemment, ahah) penchent plutôt du mauvais coté de la force. Cela peut s’expliquer par le fait que les homosexuels passent mieux les processus de sélection, spécialement dans l’animation et dans les show (pour leur excentricité, leur spontanéité, …), et que cela fait aussi partie intégrante de l’entreprise.

Conclusion 

50 000 étudiants ont participé au programme en Californie et en Floride depuis la date de création du « College Program » à l’été 1980. Et je suis fière de compter parmi eux.

J’aurais encore tellement à écrire, j’espère seulement avoir pu vous faire goûter et sentir un minimum ce que j’ai pu vivre, la synthèse de trois mois de vie n’est pas si facile que prévue. J’aurais essayé, et de toute façon, il faut bien que vous ayez encore des petites choses à me demander !

Cet article mettait en quelque sorte le point final à l’aventure Disney. J’espère que ne vous vous êtes pas endormi à sa lecture, je sais que quelques uns parmi vous préfèrent les images aux textes. Pour la prochaine fois, il faudra que je réfléchisse à un compromis, comme une version BD pourquoi pas ? Plus facile à dire qu’à faire.

Enfin, un autre petit article sur New York avec photos et vidéos à l’appui viendra rapidement.

 

PS : pendant l’écriture de cet article, j’ai pu entendre mon voisin de devant ronflé, sentir ma voisine de derrière poussé mon siège en essayant de caler ses jambes, j’ai pu aider ma voisine de droite un peu âgée à ouvrir la dernière des deux mini bouteilles de vins rouge/blanc qu’elle avait demandé et pour finir le tour à 360°C autour de moi, j’ai pû voir à ma gauche sur mon hublot le soleil se levé au dessus d’une ile au large de la Grande Bretagne avec des couleurs magnifiques (voir photo au dessous). Et enfin, j’ai pu prendre le petit déjeuner, j’ai même eu deux croissants ! Oui, rien que ça. En même temps, il est déjà 3H du matin maintenant. Ou alors 9H du matin en France, ou alors j’en sais plus rien. On dira que c’est le « jet lag ». De toute façon j’atterris d’ici très bientôt… A tout de suite en France ! 


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Discussion

3 réflexions sur “Le corps en Europe, la tête en Amérique

  1. … Je tiens a souligné, que TU as remplacé ton collocataire de disney en reveillant ton pauvre collocataire de Grenoble ! 😉

    Publié par Mnz | 1 octobre 2011, 7 h 26 min
  2. Bon bah fin de la lecture pour ma part.

    J’ai beau connaitre tous les blogs, j’ai beau savoir de A à Z ce qui m’attend (oui je pars en Avril pour un an mais mon ex et plusieurs de mes amis ont déjà fait le programme) j’ai pris un plaisir inattendu à lire tes articles. Surement compte tenu de ton humour assez proche du mien !

    Qu’est ce que tu as fait depuis ton retour ? T’as fini tes études ? Ça aide au final ou pas tant que ça l’expérience disney ?

    Marine

    Publié par Marine | 17 janvier 2013, 15 h 28 min
  3. Ton blog est vraiment génial !!
    Je pars en juin pour 2 mois et demi et je suis comme une folle partagée entre hâte, excitation et appréhension (un peu quand même) … Après la lecture de ton blog je voudrais déjà être dans l’avion !

    Merci de nous avoir fait partager tout ça 🙂

    Amandine

    Publié par Amandine | 22 mars 2014, 6 h 36 min

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